Points clés
- Les 53 États membres de la Région européenne de l’OMS ont adopté une stratégie pour le vieillissement en bonne santé à l’horizon 2030. Dans cette Région, qui s’étend au-delà de l’Union européenne, la population de 60 ans et plus devrait augmenter d’environ 50 % d’ici 2050, tandis que celle des 85 ans et plus devrait plus que doubler.
- La France finance déjà des actions de prévention de la perte d’autonomie. En 2024, 293 millions d’euros ont été mobilisés par les commissions des financeurs. Ce montant ne représente ni l’ensemble des dépenses liées au vieillissement en bonne santé ni l’investissement nécessaire pour atteindre les objectifs de l’OMS.
- Le chiffre décisif reste à construire : quels investissements supplémentaires chaque pays prévoit-il, pour quelles interventions, auprès de quelles populations et avec quels résultats attendus ?
Une stratégie adoptée face à un changement d’échelle
Le 29 octobre 2026, les 53 États membres de la Région européenne de l’OMS ont adopté « Vieillir, c’est vivre », une stratégie commune pour 2026-2030.
Elle vise à prévenir les problèmes de santé tout au long de la vie, à adapter les soins et l’accompagnement, à créer des environnements favorables aux personnes âgées et à lutter contre l’âgisme.
Elle poursuit deux objectifs complémentaires : améliorer dès maintenant la santé, les capacités fonctionnelles et la qualité de vie des personnes âgées, et permettre aux générations suivantes d’avancer en âge dans de meilleures conditions. OMS, 2026. who.int
L’ampleur du changement démographique explique cette mobilisation.
Selon les projections de l’OMS, le nombre de personnes de 60 ans et plus dans sa Région européenne devrait augmenter d’environ 50 % d’ici 2050, tandis que celui des 85 ans et plus devrait plus que doubler.
Vivre plus longtemps ne signifie toutefois pas nécessairement vivre ces années supplémentaires en bonne santé. Ces projections concernent la Région européenne de l’OMS, qui comprend 53 pays d’Europe et d’Asie centrale : elles ne doivent pas être présentées comme des projections pour la seule Union européenne. who.int
La stratégie ne se limite d’ailleurs pas à la prévention de la dépendance chez les personnes âgées. Elle repose sur une approche plus large, qui associe santé tout au long de la vie, préservation des capacités fonctionnelles, adaptation des systèmes de soins, environnements favorables et soutien aux aidants.
L’adoption d’une stratégie fixe donc une direction. Elle ne précise pas encore les moyens financiers supplémentaires que chaque pays devra mobiliser pour la suivre.
Trois chiffres à ne pas confondre
Pour la France, nous disposons déjà de plusieurs repères financiers. En 2024, 293 millions d’euros ont été mobilisés dans le cadre des commissions des financeurs de la prévention de la perte d’autonomie.
Sur ce total, les concours « Autres actions de prévention » et « Forfait autonomie » versés par la CNSA représentaient plus de 199 millions d’euros. CNSA, bilan 2024. La CNSA prévoit d’allouer 207 millions d’euros à ces deux concours en 2026. CNSA, prévisions 2026. CNSA.fr
Ces chiffres répondent à une première question : quels financements sont mobilisés dans ce cadre ? Ils ne répondent pas à la suivante : combien faudrait-il investir en plus pour améliorer durablement les trajectoires de santé et d’autonomie ?
Les 293 millions d’euros de 2024 couvrent les financements mobilisés par les commissions, tandis que les 207 millions prévus en 2026 concernent deux concours de la seule CNSA.
Leurs périmètres et leurs années diffèrent : leur comparaison directe ne permet donc pas de mesurer une hausse ou une baisse de l’effort total. Par ailleurs, ces financements ne couvrent qu’une partie des politiques susceptibles de contribuer au vieillissement en bonne santé.
Les projections démographiques répondent, elles aussi, à une autre question.
La DREES estime qu’en France, le nombre de personnes âgées ayant besoin d’une aide à l’autonomie pourrait passer d’environ 2,0 millions en 2021 à 2,8 millions en 2050, selon son scénario intermédiaire.
Selon l’organisation future de l’accompagnement, les besoins de personnel supplémentaire pour les soins de base à domicile et en établissement pourraient atteindre 156 000 à 202 000 emplois en 2050. drees.solidarites-sante.gouv.fr
Il s’agit de projections de besoins d’aide et de personnel établies sous certaines hypothèses, et non d’une estimation du coût d’une politique de prévention.
Nous disposons donc de dépenses observées et de besoins futurs projetés. Il manque encore le lien chiffré entre les deux : quelles interventions supplémentaires financer, à quel coût, pour atteindre quels résultats plausibles ?
Peut-on estimer ce qu’un investissement préventif rapporterait ?
Les publications scientifiques récentes montrent pourquoi la réponse exige davantage qu’un ratio unique.
Dans un essai randomisé anglais publié en 2025 dans The Lancet Healthy Longevity, un accompagnement à domicile destiné à des personnes présentant une fragilité légère n’a pas amélioré significativement le critère principal d’autonomie à 12 mois.
L’évaluation économique indique néanmoins une probabilité élevée de coût-efficacité, notamment en raison d’une réduction des hospitalisations imprévues, sans démontrer une réduction statistiquement significative des coûts totaux.
Une probabilité élevée de coût-efficacité et l’absence d’effet démontré sur le critère clinique principal peuvent donc coexister. Walters et al., 2025.
Une analyse complémentaire de cet essai précise ce que signifie cette distinction pour les décideurs. Le coût de l’intervention était estimé à 457 livres sterling par participant. Malgré la diminution des admissions hospitalières en urgence observée dans l’essai, les responsables locaux consultés n’ont pas identifié de budget disponible pour financer son déploiement.
Une intervention peut ainsi présenter une probabilité élevée de coût-efficacité pour le système de santé sans dégager, pour l’organisme chargé de la financer, des crédits immédiatement réaffectables. Hunter et al., 2025. Springer Nature Link
Une étude publiée en 2025 dans JAMA Network Open apporte un autre type d’information. En Corée du Sud, les participants à une intervention de 24 semaines associant notamment exercice physique et nutrition ont présenté, sur 66 mois, une durée plus longue sans décès ni éligibilité à l’assurance dépendance, ainsi que des dépenses de soins cumulées plus faibles que des personnes appariées n’ayant pas participé.
L’économie estimée atteignait 7 688 dollars par personne sur la période étudiée. Mais l’étude reposait sur une intervention non randomisée et une analyse de 119 paires : ces résultats ne peuvent donc pas être directement transposés au budget français. Ji et al., 2025. JAMA Network
Ces études aident à identifier des interventions prometteuses et à préciser leurs conditions d’efficacité. Elles ne permettent pas de multiplier un rendement théorique de la prévention par le nombre de personnes âgées pour calculer le montant à investir en France ou dans les 53 pays. Les populations ciblées, les professionnels disponibles, les coûts, les services existants et les résultats mesurés varient d’un contexte à l’autre.
Il faut également distinguer coût-efficacité et économies budgétaires.
Une intervention peut améliorer la santé ou retarder une perte d’autonomie tout en nécessitant des dépenses supplémentaires. Les bénéfices sanitaires, sociaux et économiques ne se traduisent pas nécessairement par une diminution nette des dépenses publiques. La prévention ne doit donc pas être considérée uniquement comme un moyen de réduire les coûts futurs, mais aussi comme un investissement dans la santé, l’autonomie et la qualité de vie.
Le chiffre manquant est aussi une décision publique
Pour chiffrer l’investissement supplémentaire, il faudrait d’abord rendre les choix explicites. Souhaite-t-on réduire la survenue de certaines maladies, prévenir les chutes, ralentir la perte de capacités fonctionnelles, permettre de rester à domicile dans de bonnes conditions ou mieux soutenir les aidants ? Ces objectifs peuvent se rejoindre, mais ils ne nécessitent pas exactement les mêmes interventions ni les mêmes indicateurs.
Il faudrait ensuite préciser, pour chaque action retenue, qui pourra en bénéficier, combien de personnes pourront effectivement y accéder, quels professionnels la délivreront, combien elle coûtera à déployer et à maintenir, et quels bénéfices peuvent raisonnablement être attendus.
La capacité de mise en œuvre est déterminante. Des financements supplémentaires ne produiront pas nécessairement les effets attendus sans professionnels formés, structures de proximité, coordination entre acteurs et continuité des interventions.
Il faudra également veiller à ce que les actions atteignent les personnes les plus vulnérables. Le nombre de bénéficiaires ne suffit pas à apprécier l’efficacité d’une politique si les inégalités sociales et territoriales d’accès à la prévention persistent.
La CNSA a déjà engagé un travail pour orienter les financements vers des actions fondées sur les connaissances disponibles et mieux évaluer leur impact. Cela constitue un point d’appui important, mais ne représente pas encore une estimation nationale du financement supplémentaire nécessaire pour réaliser les ambitions de la stratégie européenne.
L’OMS annonce pour sa part un accompagnement des pays sur le leadership, l’investissement, l’innovation et les données. Elle prévoit notamment de développer des profils nationaux et un tableau de bord régional permettant de suivre les capacités fonctionnelles et les inégalités, au-delà des seuls indicateurs de maladies et de mortalité. OMS, 2026.
La traduction budgétaire dépendra toutefois des décisions prises dans chaque pays.
C’est là que se situe la question à suivre jusqu’en 2030. Les 53 pays ont adopté une ambition commune alors que leur population vieillit rapidement. Nous pouvons documenter une partie des dépenses actuelles et projeter certains besoins futurs. Mais pour apprécier la réalité de l’engagement, il faudra connaître les investissements supplémentaires effectivement décidés, les interventions financées, les populations concernées, les moyens humains mobilisés et les résultats recherchés.
Le véritable enjeu n’est donc pas seulement de savoir combien coûte le vieillissement en bonne santé, mais combien les pouvoirs publics sont prêts à investir pour que les années de vie supplémentaires soient aussi des années de santé, d’autonomie et de participation sociale.
Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie. (2026a, 21 avril). La CNSA mobilise 207 millions d’euros en 2026 en soutien de la préservation de l’autonomie des personnes âgées de 60 ans et plus. https://www.cnsa.fr/actualites/la-cnsa-mobilise-207-millions-deuros-en-2026-en-soutien-de-la-preservation-de-lautonomie CNSA.fr
Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie. (2026b, 22 avril). Prévention de la perte d’autonomie : 2024, une année charnière pour la structuration et l’investissement. https://www.cnsa.fr/actualites/prevention-de-la-perte-dautonomie-2024-une-annee-charniere-pour-la-structuration-et CNSA.fr
Hunter, R. M., Frost, R., Kalwarowsky, S., Marston, L., Pan, S., Avgerinou, C., Clegg, A., Cooper, C., Drennan, V. M., Gardner, B., Goodman, C., Logan, P., Skelton, D. A., & Walters, K. (2025). Funding health promotion activities to reduce avoidable hospital admissions in frail older adults (HomeHealth): Further challenges to the “cost-effective but unaffordable” paradox. Applied Health Economics and Health Policy, 23, 1099–1113. https://doi.org/10.1007/s40258-025-00987-4 Springer Nature Link
Ji, S., Lim, J., An, T. J., Jang, G., Baek, J. Y., Park, K., Jung, J. J., Cheon, S.-H., Myong, J.-P., Lee, Y.-H., Cho, J., Lee, J., Sohn, H., & Jang, I.-Y. (2025). Long-term health and cost outcomes of a 24-week multicomponent frailty intervention in older adults. JAMA Network Open, 8(11), e2543278. https://doi.org/10.1001/jamanetworkopen.2025.43278 PubMed
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Organisation mondiale de la Santé, Bureau régional de l’Europe. (2026a, 29 octobre). Cinquante-trois pays adoptent la nouvelle stratégie européenne de l’OMS pour une vie plus saine et plus longue. https://www.who.int/europe/fr/news/item/29-10-2026-fifty-three-countries-adopt-new-who-european-strategy-for-healthier-longer-lives who.int
Organisation mondiale de la Santé, Bureau régional de l’Europe. (2026b, 21 août). Towards healthier lives at every age: Ageing is living advances towards adoption. https://www.who.int/europe/news-room/events/item/2026/08/21/default-calendar/towards-healthier-lives-at-every-age–ageing-is-living-advances-towards-adoption who.int
Walters, K., Frost, R., Avgerinou, C., Kalwarowsky, S., Goodman, C., Clegg, A., Marston, L., Pan, S., Hopkins, J., Jowett, C., Elaswarapu, R., Gardner, B., Mahmood, F., Prescott, M., Thornton, G., Skelton, D. A., Gould, R. L., Cooper, C., Drennan, V. M., . . . Hunter, R. (2025). Clinical and cost-effectiveness of a home-based health promotion intervention for older people with mild frailty in England: A multicentre, parallel-group, randomised controlled trial. The Lancet Healthy Longevity, 6(2), 100670. https://doi.org/10.1016/j.lanhl.2024.100670
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