Mortalité évitable : que signifie vraiment « prévenable » ?

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Marché de la santé(1)

Points clés

  • « Prévenable » désigne ici une catégorie statistique de causes de décès. Cette proportion ne mesure pas le nombre de vies qu’une intervention de changement des comportements pourrait sauver.
  • En 2020, environ 1,8 million de décès par maladie non transmissible survenus avant 75 ans dans la Région européenne de l’OMS relevaient de causes considérées comme évitables. Environ 60 % étaient classés parmi les causes « prévenables » et 40 % parmi les causes « traitables ».
  • L’indicateur aide à repérer des priorités de santé publique. Il ne remplace pas l’évaluation des interventions, de leur portée et de leurs résultats.

Un décès par maladie non transmissible peut-il être évité ? La réponse semble appeler une liste d’actions : réduire l’exposition au tabac, prévenir certains cancers, traiter l’hypertension, améliorer l’accès aux soins. Mais le mot évitable recouvre deux questions différentes. Pouvait-on empêcher la maladie ou réduire l’exposition à ses causes ? Pouvait-on éviter le décès une fois la maladie apparue ?

Dans son rapport publié en octobre 2026, l’OMS Europe estime qu’en 2020, environ 1,8 million de décès par maladie non transmissible survenus avant 75 ans dans sa Région relevaient de causes évitables. Près de 59 % sont classés parmi les causes prévenables et le reste parmi les causes traitables.

Le « 60/40 » est un arrondi qui porte sur les décès évitables étudiés, et non sur l’ensemble des décès. Il ne mesure pas directement l’efficacité des interventions comportementales (OMS Europe, 2026).

Mortalité évitable : deux manières d’éviter un décès

Dans cet indicateur, les causes prévenables sont principalement celles sur lesquelles des interventions de santé publique et de prévention primaire peuvent agir : réduction des expositions au tabac ou à l’alcool, amélioration de l’alimentation et de l’environnement, notamment.

Les causes traitables sont celles pour lesquelles des soins efficaces et accessibles à temps peuvent principalement éviter le décès.

La distinction porte sur le levier jugé prédominant pour une cause donnée. Elle ne signifie pas que la prévention devient inutile dès qu’une maladie existe, ni que le traitement ne compte pas pour une maladie classée « prévenable » (OMS Europe, 2026 ; Eurostat, 2026a).

Cette précision compte lorsqu’on parle de dépistage. Celui-ci peut repérer un facteur de risque, une anomalie ou une maladie avant l’apparition de symptômes. Lorsqu’il détecte précocement une maladie afin de permettre une intervention utile, il relève de la prévention secondaire.

Selon la maladie et le programme de dépistage, le bénéfice recherché peut être d’éviter une progression, une complication ou un décès.

La prévention primaire poursuit une autre finalité : réduire la survenue de la maladie elle-même. Ces objectifs peuvent se compléter, mais leurs résultats ne se mesurent pas de la même façon (Eurostat, 2026a).

« Prévenable » ne veut pas dire « évitable par une seule intervention »

La frontière statistique mérite elle aussi d’être comprise.

Pour construire ses indicateurs consacrés aux maladies non transmissibles, l’OMS Europe s’appuie sur la liste de causes de décès établie par l’OCDE et Eurostat.

Certaines causes peuvent relever à la fois de la prévention et des soins.

Lorsqu’aucun des deux leviers ne prédomine clairement, les décès sont répartis pour moitié entre les catégories prévenable et traitable.

C’est notamment le cas du diabète et de plusieurs maladies cardiovasculaires. Le partage « 60/40 » dépend donc aussi de règles de classement : il ne représente pas la fraction des décès attribuable à chaque comportement ou à chaque politique (OMS Europe, 2026 ; Eurostat, 2026b).

Un risque modifiable n’est d’ailleurs pas nécessairement un risque que la personne peut modifier seule.

Les possibilités de manger différemment, de pratiquer une activité physique ou de réduire une exposition dépendent aussi des ressources, du cadre de vie et des offres accessibles.

Le rapport de l’OMS appelle à agir sur les déterminants sociaux et environnementaux ainsi que sur les facteurs commerciaux et numériques qui influencent la santé.

Réduire les décès « prévenables » aux décisions individuelles ferait disparaître une partie des leviers que l’indicateur cherche à éclairer (OMS Europe, 2026).

Ce que l’indicateur de mortalité évitable permet de décider et ce qu’il reste à démontrer

Séparer les décès prévenables et traitables aide à orienter l’action publique.

Une mortalité prévenable élevée peut conduire à examiner les expositions, les politiques de prévention et les inégalités face aux risques.

Une mortalité traitable élevée invite à regarder l’accès aux soins, leur rapidité et leur qualité. Mais l’indicateur agrégé ne désigne pas, à lui seul, l’action à financer.

Il faut aussi distinguer la mortalité évitable de la performance d’une intervention. Un accompagnement au sevrage tabagique, par exemple, peut être évalué sur sa portée, les arrêts du tabac obtenus et leur maintien dans le temps. Un éventuel effet sur la mortalité apparaîtrait plus tard et dépendrait aussi d’autres facteurs.

À l’inverse, une diminution de la mortalité dans une population ne prouve pas, à elle seule, l’efficacité d’une intervention particulière.

L’évaluation doit donc documenter les changements effectivement obtenus, leur durée et leurs effets sur la santé, sans attribuer trop vite un résultat à une intervention isolée.

L’indicateur de mortalité aide à définir les priorités. Il ne dispense pas de démontrer ce qui fonctionne, pour qui et dans quelles conditions.

Le mot prévenable a ainsi une véritable utilité : il rappelle qu’une part importante de la mortalité par maladie non transmissible appelle des actions en amont.

Sa force tient à la question qu’il ouvre : quels décès voulons-nous éviter, par quels leviers et avec quelles preuves de résultat ?

Références

Bibliographie

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