Stepped care : faut-il proposer la même intensité d’accompagnement à tout le monde ?

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Points clés

  • Dans l’essai randomisé REPICAL, 165 professionnels de l’aide et des soins de longue durée présentant une détresse psychologique ont été répartis entre une condition contrôle et une intervention numérique de type stepped care, dans lequel une seconde intervention était proposée lorsque la détresse persistait.
  • À 21 semaines, les symptômes d’anxiété et de dépression étaient significativement plus faibles dans le groupe intervention. Mais l’essai évalue l’intervention dans son ensemble : il ne démontre pas que la gradation de l’intensité, à elle seule, est responsable de l’effet.
  • L’intérêt du modèle est peut-être ailleurs : la personnalisation peut être conçue comme un processus évolutif, dans lequel la réponse observée au cours de l’intervention devient elle-même une information permettant d’adapter la suite du parcours.
  • Cette logique ne signifie pas nécessairement « en faire plus ». Une absence d’amélioration peut justifier une intensification, mais aussi une modification de l’intervention, une réévaluation ou une orientation différente.

Deux personnes présentent le même niveau de détresse psychologique. On leur propose la même intervention.

Quelques semaines plus tard, l’une va mieux. L’autre non.

Faut-il continuer à leur proposer exactement la même chose ?

La question paraît simple. Pourtant, certaines interventions numériques en santé reposent encore sur des parcours relativement fixes : un programme, une durée, une succession de contenus et une intensité d’accompagnement définis à l’avance.

La personnalisation intervient souvent au début du parcours : profil, besoins, diagnostic, préférences ou objectifs.

Mais une autre information devient disponible une fois l’intervention commencée : la réponse de la personne à ce qui lui est proposé.

Que faire de cette information ?

Un essai randomisé publié en octobre 2026 dans Depression and Anxiety apporte un exemple intéressant. Non pas parce qu’il démontrerait qu’un modèle d’accompagnement est supérieur aux autres, mais parce qu’il teste une manière différente de concevoir le parcours.

Commencer par une intervention, puis réévaluer

L’étude REPICAL a été menée en Catalogne auprès de professionnels travaillant dans des établissements ou services de soins de longue durée.

Pour participer, les salariés devaient présenter une détresse psychologique, définie par un score d’au moins 16 à la Kessler Psychological Distress Scale (K10).

Au total, 165 personnes ont été randomisées : 83 dans le groupe intervention et 82 dans le groupe contrôle.

Tous les participants recevaient des premiers secours psychologiques (Psychological First Aid).

Le groupe intervention bénéficiait ensuite d’un programme numérique fondé sur deux interventions psychologiques développées par l’Organisation mondiale de la santé :

  1. Doing What Matters in Times of Stress (DWM), proposée en première étape
  2. Problem Management Plus (PM+), proposée lorsque la détresse persistait, définie dans l’essai par un score K10 ≥ 16

Le principe est donc différent d’un parcours dans lequel tout le monde reçoit la même intensité d’intervention.

Ici, la réponse observée après une première étape participe à déterminer la suivante.

C’est la logique du stepped care : commencer par une intervention relativement peu intensive, réévaluer la situation selon des critères définis, puis augmenter l’intensité lorsque ces critères l’indiquent.

Des symptômes plus faibles à 21 semaines

Le critère principal était la différence entre les groupes concernant les symptômes combinés d’anxiété et de dépression, mesurés par le PHQ-ADS à la semaine 21, soit deux mois après la fin du programme.

À cette échéance, les symptômes étaient significativement plus faibles dans le groupe intervention.

La différence moyenne entre les groupes était de 4,2 points sur le PHQ-ADS (IC95 % : 1,1 à 7,3), avec une taille d’effet standardisée de 0,8 (IC95 % : 0,1 à 1,4).

Les auteurs rapportent également des améliorations significativement plus importantes pour plusieurs critères secondaires, notamment les symptômes dépressifs, anxieux et post-traumatiques.

En revanche, aucune différence n’a été observée sur la qualité de vie liée à la santé.

Le résultat est donc intéressant. Mais il faut être précis sur ce qu’il démontre.

L’étude ne teste pas la gradation à elle seule

REPICAL compare deux stratégies.

Le groupe contrôle reçoit les premiers secours psychologiques.

Le groupe intervention reçoit ces mêmes premiers secours, auxquels s’ajoute le programme numérique en stepped care.

Ce qui est randomisé est donc le programme dans son ensemble.

L’essai ne compare pas, par exemple :

  • un parcours gradué
  • à un parcours proposant exactement les mêmes interventions à tous les participants, indépendamment de leur réponse

Il ne permet donc pas de conclure que : « adapter l’intensité en fonction de la réponse est plus efficace que proposer la même intensité à tous ».

Pour répondre précisément à cette question, il faudrait un dispositif expérimental permettant d’isoler l’effet de la stratégie d’adaptation elle-même.

On ne peut pas non plus attribuer l’effet au caractère numérique du programme pris isolément.

La conclusion plus solide est la suivante : dans cette population et dans les conditions de cet essai, une intervention numérique de stepped care associant DWM puis, lorsque nécessaire, PM+ a permis d’obtenir de meilleurs résultats sur les symptômes d’anxiété et de dépression que la condition contrôle à 21 semaines.

C’est déjà un résultat important.

Mais le modèle utilisé par les chercheurs soulève une autre question : et si personnaliser ne consistait pas seulement à choisir le bon parcours au départ ?

La réponse à l’intervention devient une donnée

La personnalisation des interventions de santé est souvent pensée à partir de caractéristiques disponibles avant le début du parcours.

Quel âge a la personne ?
Quels sont ses besoins ?
Quel est son niveau de risque ?
Quelles sont ses préférences ?
Quel objectif souhaite-t-elle atteindre ?

Ces informations sont utiles.

Mais elles ne permettent pas de connaître précisément la réponse future à une intervention.

Deux personnes présentant un niveau de détresse comparable au départ peuvent évoluer différemment après quelques semaines.

Une intervention peut être suffisante pour l’une et insuffisante pour l’autre.

Dans cette perspective, la réponse à l’intervention devient elle-même une information susceptible d’être utilisée pour la suite du parcours.

Le schéma n’est plus seulement : évaluation → personnalisation → intervention

mais potentiellement : évaluation → intervention → observation de la réponse → réévaluation → adaptation éventuelle

REPICAL ne démontre pas que cette architecture est supérieure aux autres. L’étude fournit en revanche un exemple concret de sa mise en œuvre et de son évaluation dans un essai randomisé.

Intensifier ne signifie pas simplement « en faire plus »

C’est un point essentiel. La logique de stepped care pourrait facilement être résumée ainsi : si cela ne fonctionne pas, il faut augmenter l’intensité.

Ce serait trop simpliste.

Plus généralement, une absence d’amélioration peut avoir plusieurs explications que REPICAL ne permet pas de distinguer.

L’intervention peut être insuffisamment intensive. Mais elle peut aussi être mal adaptée au problème rencontré. La personne peut avoir peu utilisé le programme. Des contraintes professionnelles ou personnelles peuvent empêcher sa mise en œuvre. Le facteur initialement ciblé peut ne pas être celui qui limite réellement le changement.

Une autre prise en charge peut également devenir nécessaire.

La réévaluation n’a donc de valeur que si elle permet de décider quoi modifier, et pas seulement d’ajouter mécaniquement des contenus ou des contacts.

Autrement dit : personnaliser davantage ne signifie pas nécessairement délivrer davantage.

Il peut s’agir d’intensifier, mais aussi de changer de modalité, de contenu, de rythme ou de stratégie.

La question dépasse la santé mentale

La logique du stepped care ne concerne pas uniquement les interventions psychologiques.

Dans une intervention de changement comportemental, on peut également se demander quand réévaluer la situation :

  • après une absence de progression
  • après plusieurs semaines de maintien
  • lorsqu’un comportement recommence à se dégrader
  • lorsque les contraintes de vie changent
  • lorsque l’objectif initial n’est plus pertinent

Cette approche rejoint plus largement le champ des interventions adaptatives, qui utilisent des informations recueillies pendant le parcours pour modifier certains composants de l’intervention.

L’adaptation peut concerner l’intensité, mais aussi le contenu, le canal, le moment de l’intervention ou la décision de ne pas intervenir.

Les Just-in-Time Adaptive Interventions (JITAI) poussent cette logique plus loin en cherchant à proposer un soutien au moment où l’état ou le contexte de la personne indique qu’il pourrait être utile.

Les Just-in-Time Adaptive Interventions (JITAI)

Une revue systématique publiée en 2024 a identifié 45 études sur les JITAI portant notamment sur l’activité physique et les comportements sédentaires. Les auteurs soulignent cependant une qualité globale plutôt faible des études et une forte hétérogénéité des approches. Les résultats ne permettent donc pas de considérer l’adaptation dynamique comme une garantie d’efficacité.

Réévaluer suppose de savoir quoi mesurer

Une difficulté apparaît immédiatement.

Pour adapter un accompagnement à la réponse de la personne, encore faut-il définir ce qu’est une réponse suffisante.

Dans REPICAL, la règle était relativement claire : la persistance d’une détresse psychologique, mesurée par le K10, déclenchait la seconde étape.

Dans d’autres interventions, le choix peut être beaucoup moins évident.

Faut-il regarder :

  • le résultat clinique ?
  • le comportement ?
  • l’adhésion à l’intervention ?
  • la progression vers un objectif ?
  • la capacité de la personne à agir seule ?
  • plusieurs semaines sans progression ?

Ces indicateurs ne mesurent pas la même chose.

Une personne peut utiliser régulièrement une application sans modifier son comportement. Une autre peut modifier son comportement sans amélioration clinique immédiatement mesurable. Une troisième peut progresser tout en utilisant peu le dispositif.

Adapter une intervention suppose donc de définir à l’avance quelles informations justifient réellement une modification du parcours.

Sinon, la personnalisation risque de devenir une succession de réactions à des données faciles à mesurer plutôt qu’une adaptation à ce qui empêche réellement la personne de progresser.

Ce que REPICAL permet et ne permet pas de conclure

REPICAL reste un essai de taille modeste, mené auprès de 165 professionnels d’un secteur particulier en Catalogne.

Les principaux critères sont auto-rapportés et le suivi est limité à 21 semaines. L’étude ne permet pas non plus de déterminer si les bénéfices observés se maintiennent à plus long terme, ni d’établir une valeur médico-économique d’une intervention.

Elle ne montre pas que le stepped care est supérieur à une intervention de même intensité pour tous.

Elle ne montre pas non plus que chaque personne bénéficie d’une intensification lorsqu’elle ne répond pas suffisamment à la première étape.

En revanche, elle apporte un élément intéressant : une intervention construite autour d’une logique d’intensification conditionnelle peut être évaluée dans un essai randomisé et produire de meilleurs résultats symptomatiques que la condition contrôle.

Un autre essai récent a évalué une architecture comparable dans une population différente. Par exemple, l’essai RESPOND, publié en 2025 dans World Psychiatry, a évalué chez 217 migrants présentant une détresse psychologique un programme associant DWM puis PM+ en cas de détresse persistante.

Le programme a entraîné une réduction plus importante des symptômes d’anxiété et de dépression que les soins habituels, mais là encore, l’essai comparait une stratégie complète de stepped care à son contrôle et non la gradation isolément.

La personnalisation pourrait devenir un processus continu

En santé numérique, on cherche souvent à répondre à une question : quelle intervention proposer à quelle personne ?

Il faut peut-être ajouter une deuxième question : à quel moment devons-nous vérifier que cette intervention est toujours la bonne ?

Ce déplacement paraît mineur. Il change pourtant la conception du parcours.

La personnalisation n’est plus seulement un aiguillage réalisé à l’entrée.

Elle devient potentiellement un processus continu : observer → interpréter → maintenir, modifier ou intensifier → observer à nouveau.

REPICAL ne démontre pas que cette approche est supérieure à toutes les autres.

Il montre qu’un parcours de santé mentale peut être conçu de cette manière et qu’une intervention reposant sur cette architecture a amélioré les symptômes d’anxiété et de dépression dans la population étudiée.

A retenir : identifier quand adapter une intervention, pour qui, sur la base de quels signaux, et avec quel bénéfice supplémentaire par rapport à une intervention non adaptative devient donc la question à laquelle des designers d’intervention vont devoir répondre.


Références

González-Spinoglio, L., Esplugues-Tormo, M., Giné-Vázquez, I., Rodeiro-Boliart, J., Aguilar-Ortiz, S., Ayuso-Mateos, J. L., McGreevy, K. R., Mediavilla, R., Roos, R., Sijbrandij, M., Witteveen, A. B., & Haro, J. M. (2026). A randomized controlled trial of a digital stepped-care program to reduce anxiety and depressive symptoms among long-term care workers with psychological distress: The REPICAL study. Depression and Anxiety, 2026, 5875889. https://doi.org/10.1155/da/5875889

Fiedler, J., Bergmann, M. R., Sell, S., Woll, A., & Stetter, B. J. (2024). Just-in-Time Adaptive Interventions for Behavior Change in Physiological Health Outcomes and the Use Case for Knee Osteoarthritis: Systematic Review. Journal of Medical Internet Research, 26, e54119. DOI: 10.2196/54119.

Purgato, M., et al. (2025). Effectiveness of a stepped-care programme of WHO psychological interventions in a population of migrants: results from the RESPOND randomized controlled trial. World Psychiatry, 24(1), 120–130. DOI: 10.1002/wps.21281

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Bibliographie

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