Pour piloter l’investissement des dépenses de prévention, une question doit rester visible au-délà du montant et de la part du PIB : que cherchait-on à éviter à chaque étape, et qu’a-t-on effectivement obtenu ?
Points clés
- Dans les comptes de santé, les « dépenses de prévention » regroupent des activités aux finalités différentes : information et conseil, vaccination, dépistage, bilans de santé ou surveillance épidémiologique.
- Pour 2023, les pays de l’Union européenne ont déclaré consacrer en moyenne 3,1 % de leurs dépenses courantes de santé à ces activités. Après correction des lacunes de déclaration identifiées, l’OCDE estime cette part à 3,8 %. Il s’agit de moyennes des parts nationales, non pondérées par la taille des pays.
- Mieux retracer une dépense permet de savoir ce qui a été financé. Cela ne démontre pas, à lui seul, qu’une maladie, une complication ou un décès a été évité.
Combien investissons-nous dans la prévention ?
La question semble appeler un montant, puis une comparaison entre pays.
Mais avant de comparer les budgets, il faut savoir ce qu’ils rassemblent. Une campagne d’information, une vaccination, un dépistage et un bilan de santé peuvent tous être enregistrés comme dépenses de prévention. Ils ne poursuivent pourtant pas le même objectif.
Dans un document de travail publié en octobre 2026, l’OCDE examine la manière dont les pays européens déclarent ces dépenses.
Pour l’année 2023, les pays de l’Union européenne ont déclaré consacrer en moyenne 3,1 % de leurs dépenses courantes de santé à la prévention et à la santé publique.
Après avoir estimé et corrigé certaines lacunes de déclaration, les auteurs obtiennent 3,8 %. La différence est de 0,7 point de pourcentage : le montant classé en prévention serait ainsi environ un quart plus élevé que dans les données initialement déclarées (Morgan et al., 2026).
Cette correction n’indique pas que les pays ont dépensé davantage.
Certaines activités étaient déjà financées, mais figuraient dans une autre catégorie ; d’autres étaient insuffisamment retracées. L’OCDE précise que ses chiffres corrigés reposent en partie sur des estimations et des hypothèses simplificatrices.
Ils constituent une piste pour améliorer les comptes, et non une nouvelle série officielle destinée à les remplacer.
Dépenses de prévention : une catégorie comptable, plusieurs finalités
Le cadre étudié par l’OCDE distingue six sous-catégories : les programmes d’information, d’éducation et de conseil ; la vaccination ; la détection précoce des maladies ; le suivi de l’état de santé ; la surveillance épidémiologique ; et la préparation aux urgences sanitaires. Pour le moment il n’existe pas de catégorie de changement de comportements santé.
Dans les dépenses de prévention déclarées par les pays capables de les ventiler, le suivi de l’état de santé représentait en moyenne 30 % en 2023, l’information, l’éducation et le conseil 19 %, la vaccination 19 %, et la détection précoce 16 %.
Ces pourcentages ont pour dénominateur les dépenses déclarées comme prévention et réparties entre sous-catégories. Ils ne décrivent pas l’ensemble du budget de santé européen. Ils ne doivent pas non plus être appliqués aux dépenses corrigées par l’OCDE : après ajustement des lacunes, la répartition entre activités change (Morgan et al., 2026).
C’est précisément ce que le chiffre global masque.
Une vaccination peut viser à empêcher l’apparition d’une maladie. Un dépistage cherche à identifier précocement une anomalie ou une maladie afin de permettre, lorsque cela est utile, une intervention ultérieure. Une information peut aider à comprendre un risque ou à accéder à un service.
La dépense comptabilisée renseigne sur l’activité financée ; elle ne mesure pas directement le bénéfice obtenu.
Le dépistage est-il une dépense de prévention ?
Oui, dans les classifications de santé, la détection précoce relève de la prévention secondaire. Elle intervient lorsqu’un facteur de risque, une anomalie ou une maladie peut déjà être présent. Sa finalité diffère de celle de la prévention primaire, qui vise à réduire la survenue de la maladie.
Cette distinction ne retire rien à l’intérêt potentiel d’un dépistage. Selon la maladie, un programme bien conçu peut contribuer à éviter une progression, une complication ou un décès. Son bénéfice dépend toutefois de la pertinence du test, de la confirmation des résultats, de l’accès à une intervention efficace et de la prise en compte des effets indésirables possibles. Compter le test réalisé ne revient donc pas à compter une maladie évitée. C’est l’ensemble du parcours, jusqu’à ses résultats, qu’il faut évaluer.
L’information appelle la même prudence. Le nombre de messages diffusés ou de personnes touchées indique la portée d’une action. Il ne permet pas de conclure qu’une exposition a diminué ou qu’un comportement a changé durablement. Un conseil peut néanmoins être une composante utile d’une intervention plus large. La question n’est pas de l’exclure des comptes, mais de distinguer ce qui a été délivré du changement effectivement obtenu.
Mieux compter, puis mieux relier les moyens aux résultats
L’OCDE montre pourquoi cette distinction est difficile à établir à partir des seules données comptables. Les activités d’information, de conseil ou de surveillance peuvent être intégrées à des programmes plus vastes, financés par plusieurs organismes.
Leur coût n’apparaît pas toujours séparément.
Les données détaillées disponibles dans un pays ne sont pas nécessairement produites selon les mêmes catégories dans un autre (Morgan et al., 2026).
Les ajustements estimés varient d’ailleurs fortement selon les pays. Pour la France, l’OCDE juge les déclarations relativement complètes et n’applique qu’un faible ajustement. Il serait donc erroné de lui attribuer automatiquement le « quart manquant » estimé en moyenne à l’échelle européenne.
Pour décider où investir, une comptabilité plus complète est nécessaire. Elle permet de suivre les moyens consacrés aux différentes activités. Il faut ensuite lui associer d’autres mesures : qui a été atteint, quelle action a effectivement été réalisée, quel risque ou quelle exposition a changé, et avec quel résultat de santé ? Les réponses et les délais attendus ne seront pas les mêmes pour une vaccination, un dépistage, un accompagnement ou une politique agissant sur l’environnement.
Le total des dépenses de prévention répond ainsi à une question indispensable : combien a été consacré aux activités classées sous ce nom ? Pour piloter l’investissement, une seconde question doit rester visible : que cherchait-on à éviter à chaque étape, et qu’a-t-on effectivement obtenu ?
Références
- Eurostat. (2026b). Preventable and treatable mortality statistics (données de mars 2026). https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/SEPDF/cache/79429.pdf
- Morgan, D., Mueller, M., & Ramachandran, N. (2026). Improving estimates of spending on prevention and public health in the European Union (OECD Health Working Papers, n° 199). OECD Publishing. https://doi.org/10.1787/2bdddb5d-en
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