Santé numérique et comportements santé : 6 signaux qu’il ne fallait pas manquer cet été 2026

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Actualités santé numérique et comportements santé de la rentrée 2026

Entre début juillet et mi-août, plusieurs décisions et annonces méritent votre attention.

Prises séparément, elles concernent des sujets assez différents : maladies chroniques, dispositifs médicaux numériques, intelligence artificielle, télésurveillance ou encore financement des soins. Mises bout à bout, elles racontent cependant quelque chose de plus intéressant.

Le numérique en santé change progressivement de statut. Il ne s’agit plus seulement de mettre à disposition une application, un objet connecté ou un service de télésuivi. Il faut désormais les intégrer aux parcours, définir qui peut les prescrire, décider comment les financer et, de plus en plus, s’interroger sur les résultats qu’ils produisent réellement.

Voici les évolutions que nous retenons de cet été 2026.

1. Nouvelles règles pour les maladies cardiovasculaires

La loi du 27 juillet 2026 renforce nettement la place de la prévention cardio-neuro-vasculaire dans le système de santé et en entreprise.

Elle prévoit notamment des campagnes de dépistage et de sensibilisation aux principaux facteurs de risque dans le cadre de la santé au travail, et inscrit explicitement les mutuelles, institutions de prévoyance et assureurs parmi les partenaires pouvant participer à ces actions.

Elle impose aussi une évaluation médico-économique de la stratégie dans les trois ans : coûts des actions engagées, économies sur les hospitalisations, consultations, médicaments, transports sanitaires et indemnités journalières, mais aussi gains de productivité.

Autrement dit, la prévention cardiovasculaire n’est plus seulement envisagée sous l’angle sanitaire : sa capacité à réduire les dépenses et à produire de la valeur économique devra également être mesurée.

2. Près d’une personne sur deux pourrait être concernée par une maladie chronique en 2035

Le 2 juillet, l’Assurance Maladie a présenté son rapport Charges et Produits pour 2027. Derrière les propositions budgétaires, un chiffre donne la mesure du problème : selon ses projections, près d’une personne sur deux pourrait être concernée par une maladie chronique en 2035, soit entre 27,7 et 30,4 millions de personnes.

Les pathologies chroniques pourraient alors représenter jusqu’à 70 % des dépenses remboursées, contre 65,1 % en 2024.

La réponse proposée ne repose pas uniquement sur une meilleure organisation des soins une fois la maladie installée. L’Assurance Maladie fait du « virage préventif » l’une des trois grandes priorités de son rapport et défend explicitement l’idée d’agir plus tôt. Elle a notamment travaillé avec l’OCDE pour documenter les bénéfices sanitaires et économiques de différentes politiques de prévention.

Le rapport ne s’arrête d’ailleurs pas aux campagnes d’information. Il évoque des interventions sur l’alimentation, les facteurs de risque cardiovasculaire, le tabagisme, le dépistage précoce ou encore l’organisation des parcours des personnes atteintes de maladies chroniques.

Pour les acteurs de la santé, le changement de perspective est important : agir sur les comportements et les facteurs de risque n’est plus seulement un sujet périphérique au soin. Cela devient progressivement un sujet d’organisation et de financement du système de santé.

3. 82,50 euros par patient et par mois

Cet été, un arrêté du 15 juillet inscrit l’activité de télésurveillance d’une start-up (Axomove) dans la prise en charge de patients présentant une lombalgie commune subaiguë ou chronique, dans un contexte de rééducation fonctionnelle hospitalière.

Le forfait technique associé au DMN a été fixé à 82,50 euros par patient et par mois.

Pour l’évaluation des DMN, cela soulève aussi une question essentielle : lorsque les résultats s’améliorent, qu’évalue-t-on exactement ? Le logiciel ? Les exercices ? La télésurveillance ? L’accompagnement professionnel ? Ou l’ensemble du dispositif ?

Cette question reviendra probablement de plus en plus souvent à mesure que ces solutions entreront dans les parcours remboursés.

4. L’Assurance Maladie envisage un assistant conversationnel d’IA sur ameli

Autre annonce importante, le 9 juillet : l’Assurance Maladie a lancé une mission destinée à préparer le déploiement d’un assistant conversationnel d’intelligence artificielle en santé sur Ameli.

La nuance est importante : aucun chatbot médical destiné au grand public n’est encore lancé.

Nous en sommes au cadrage.

Trois personnalités qualifiées ont été chargées d’étudier les besoins des assurés et des professionnels, les conditions d’acceptabilité, les enjeux éthiques et juridiques ainsi que différentes architectures techniques.

Leur rapport est attendu pour la fin septembre 2026. L’objectif affiché est de définir les conditions d’un outil « fiable, sécurisé et transparent » permettant notamment de mieux orienter les assurés dans leur parcours de soins.

Une initiative qui peut surprendre compte-tenu de la frilosité affichée face aux enjeux éthiques de l’IA.

Comment une personne formule-t-elle une question sur sa santé ? Comprend-elle la réponse ? Une IA peut-elle identifier qu’une personne hésite à agir ? Adapter son discours à son niveau de littératie en santé ? Aider à transformer une information en décision puis en comportement ? Et à quel moment doit-elle, au contraire, orienter vers un professionnel ?

Il faudra également éviter une confusion : bien informer ne signifie pas nécessairement faire changer un comportement.

C’est l’un des enseignements les plus constants des sciences comportementales. Une personne peut parfaitement connaître les bénéfices de l’activité physique, du dépistage ou de l’arrêt du tabac sans modifier son comportement.

Si l’IA conversationnelle devient demain une porte d’entrée vers le système de santé, sa valeur préventive ne pourra donc probablement pas être évaluée uniquement sur la justesse de ses réponses. Il faudra aussi s’intéresser à ce qui se passe après la conversation.

5. Aux États-Unis, Medicare expérimente un changement beaucoup plus radical : payer selon les résultats

Le 5 juillet a débuté ACCESS, pour Advancing Chronic Care with Effective, Scalable Solutions, une expérimentation du CMS Innovation Center prévue pour dix ans.

Son objectif : développer l’accès à des prises en charge des maladies chroniques soutenues par la technologie au sein de Medicare. Sont notamment concernés l’hypertension, le diabète, les douleurs musculosquelettiques chroniques et la dépression.

Mais la véritable innovation d’ACCESS n’est pas le recours au numérique.

Des applications, de la télésanté, du coaching ou des objets connectés existaient évidemment auparavant.

Ce qui change, c’est la manière de rémunérer ces interventions.

CMS explique que les organisations participantes sont principalement rémunérées en fonction de l’amélioration effective de la santé des patients plutôt qu’en fonction du volume d’activités réalisées. Les interventions peuvent associer accompagnement des habitudes de vie, télésurveillance, objets connectés, coaching et gestion des traitements.

Plus de 150 organisations avaient été acceptées dans le programme au 3 août. Parmi elles figure Withings Medical Group, engagé dans les parcours cardio-rénaux-métaboliques.

Pour les patients inclus par Withings, le modèle associe notamment tensiomètre et balance connectés à une équipe de soins qui suit les mesures entre les consultations et les utilise pour accompagner les objectifs de santé et coordonner la prise en charge.

Le cas Withings est intéressant parce qu’il illustre l’évolution possible du rôle des fabricants d’objets connectés : ne plus seulement fournir une mesure, mais participer à une organisation de soins construite autour de cette mesure.

Et ACCESS pourrait dépasser le seul périmètre de Medicare.

Des organismes payeurs représentant 165 millions de personnes couvertes par Medicare Advantage, Medicaid ou des assurances commerciales se sont engagés à proposer des modalités de paiement alignées sur les principes d’ACCESS d’ici 2028. Cet engagement avait été annoncé en février, mais le lancement effectif du modèle en juillet lui donne désormais une traduction concrète.

Pour la France, il serait évidemment prématuré d’en déduire qu’un modèle comparable doit être adopté.

Mais ACCESS pose une question qui devrait nous intéresser : dans la santé numérique, faut-il rémunérer l’outil, son utilisation ou le résultat obtenu ?

6. Et pendant ce temps, la recherche rappelle qu’une application ne suffit pas à changer un comportement

Cette dernière actualité est moins institutionnelle, mais elle apporte un contrepoint utile aux précédentes.

Une revue publiée en 2026 dans Frontiers in Psychology s’est intéressée aux barrières psychosociales rencontrées dans les interventions numériques destinées à augmenter la marche chez des personnes vivant avec une maladie chronique.

À travers 28 études, les auteurs ont identifié 105 occurrences de barrières. Parmi les plus fréquentes figuraient les croyances et représentations liées à l’activité physique, les réactions émotionnelles et les capacités d’autorégulation : se fixer un objectif, planifier ou maintenir un comportement dans la durée.

Le résultat est intéressant parce qu’il rappelle une évidence que l’enthousiasme technologique fait parfois oublier.

Compter les pas n’est pas marcher. Recevoir un objectif n’est pas vouloir l’atteindre.

Et connaître le comportement recommandé ne signifie pas être capable de l’intégrer durablement dans son quotidien.

Pour concevoir une intervention numérique, la question « comment allons-nous mesurer le comportement ? » devrait donc probablement être accompagnée d’une autre : « Qu’est-ce qui empêche cette personne d’adopter ce comportement aujourd’hui ? ».

Les réponses peuvent être très éloignées de la technologie : peur de la douleur, manque de confiance dans ses capacités, fatigue, contraintes familiales, environnement peu favorable, absence de plaisir ou difficulté à maintenir une routine.

C’est précisément là que les sciences comportementales deviennent indispensables à la santé numérique.

Notre analyse

À première vue, un rapport de l’Assurance Maladie, un DMN de rééducation, un futur assistant IA, une expérimentation américaine de Medicare et une revue sur la marche ont peu de choses en commun.

Pourtant, un même fil traverse ces cinq actualités.

Pendant la première période de la santé numérique, la question centrale était souvent : « Peut-on numériser cette intervention ? ».

Puis est venue une deuxième question : « Les patients utilisent-ils l’outil ? ».

L’été 2026 donne l’impression qu’une troisième question prend progressivement de l’importance : « Qu’est-ce que cet outil change réellement ? ».

Le numérique en santé ne peut plus être évalué uniquement par ce qu’il mesure, ni même par son niveau d’utilisation. Sa valeur devra de plus en plus être recherchée dans ce qu’il permet réellement de modifier : une compétence, un comportement, un parcours ou, lorsque les preuves le démontrent, un résultat de santé ou même une trajectoire pour les plus performants.

Pour les acteurs de la santé, c’est une évolution plutôt bienvenue. Elle oblige à remettre la technologie à sa juste place : non pas comme une fin en soi, mais comme l’une des composantes possibles d’une intervention capable d’aider une personne à vivre plus longtemps en meilleure santé.

À suivre sur le Centre de ressources

Deux publications récentes méritent davantage que quelques lignes dans cette sélection estivale. La première pose une question encore peu discutée : le temps passé dans une thérapie numérique constitue-t-il réellement une bonne mesure de la « dose » reçue par le patient ?

La seconde, consacrée à une intervention chez des patients atteints de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, fournit un cas pratique intéressant pour comprendre ce que peut apporter une intervention combinant numérique et accompagnement humain.

Nous y reviendrons dans deux articles dédiés.


Bibliographie

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