Mortalité en France : pourquoi les maladies chroniques pèsent encore plus lourd qu’avant la pandémie

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global burden disease

La mortalité standardisée est revenue sous le niveau de 2019, mais reste supérieure à celle qui aurait été observée si les tendances pré-pandémiques avaient continué.

La France a enregistré 641 046 décès en 2024, soit environ 4 000 de plus qu’en 2023. À première vue, cette hausse pourrait être interprétée comme une dégradation de l’état de santé de la population. Pourtant, les données publiées conjointement par la DREES, le CépiDc-Inserm et Santé publique France racontent une histoire plus complexe.

Une fois corrigée du vieillissement de la population, la mortalité standardisée poursuit sa baisse. Elle atteint 777,9 décès pour 100 000 habitants en 2024, un niveau inférieur à celui observé avant la pandémie de Covid-19.

Cette évolution constitue une bonne nouvelle. Mais elle ne doit pas masquer un constat plus préoccupant.

Selon les auteurs, la mortalité observée en 2024 demeure supérieure à celle qui aurait été attendue si la trajectoire d’amélioration enregistrée avant la pandémie s’était poursuivie sans interruption.

Autrement dit, la France a retrouvé une situation meilleure qu’en 2019, mais elle n’a pas retrouvé la trajectoire de progrès sanitaire qu’elle semblait suivre avant la crise sanitaire.

Cette distinction est essentielle. Elle suggère que les conséquences de la pandémie ne se résument pas aux décès directement attribuables au SARS-CoV-2. Elles pourraient également se traduire par des effets plus durables sur les maladies chroniques, les parcours de soins, les facteurs de risque et l’état de santé global de certaines populations.

Les maladies chroniques restent au cœur de la mortalité française

Comme les années précédentes, les maladies chroniques dominent très largement les causes de décès.

Les tumeurs demeurent la première cause de mortalité en France. Elles représentent 27,1 % des décès enregistrés en 2024. Malgré cette position dominante, la mortalité par cancer poursuit globalement sa diminution.

Cette baisse n’est toutefois pas homogène. Deux signaux méritent une attention particulière.

Le premier concerne le cancer du pancréas, dont la mortalité continue d’augmenter selon une tendance observée depuis plusieurs années.

Le second concerne les cancers du poumon, des bronches et de la trachée chez les femmes. Alors que la mortalité associée à ces cancers diminue chez les hommes, elle continue de progresser dans la population féminine, reflétant avec retard les évolutions historiques du tabagisme.

Les maladies cardio-neurovasculaires demeurent la deuxième cause de décès avec 21,2 % de l’ensemble des décès. Elles regroupent notamment les infarctus du myocarde, les accidents vasculaires cérébraux, les insuffisances cardiaques et de nombreuses pathologies vasculaires chroniques.

Là encore, les taux de mortalité reculent légèrement mais restent supérieurs à ceux qui auraient été attendus sur la base des tendances pré-pandémiques.

La baisse des décès liés à la Covid-19 masque d’autres évolutions préoccupantes

La diminution globale de la mortalité observée en 2024 est principalement portée par le recul des décès directement attribués à la Covid-19.

Mais cette amélioration est en partie compensée par l’augmentation d’autres causes de décès.

Les maladies de l’appareil respiratoire hors Covid progressent significativement. Cette hausse est notamment liée à l’augmentation des décès dus aux grippes et aux pneumonies.

Les maladies infectieuses montrent également une progression, portée notamment par les septicémies.

Une autre évolution attire l’attention des chercheurs : l’augmentation observée depuis plusieurs années des décès liés aux infections de l’appareil génito-urinaire.

Ces évolutions rappellent que la sortie de la crise Covid ne signifie pas un retour automatique à la situation sanitaire observée avant 2020.

Certaines mortalités chroniques restent durablement au-dessus des tendances attendues

L’un des enseignements les plus importants du rapport est probablement le moins médiatisé.

En 2024, plusieurs grandes catégories de maladies présentent encore des niveaux de mortalité supérieurs à ceux qui auraient été attendus en prolongeant les tendances observées avant la pandémie.

C’est notamment le cas :

  • des maladies endocriniennes, nutritionnelles et métaboliques,
  • des maladies cardio-neurovasculaires,
  • des maladies de l’appareil digestif,
  • des maladies de l’appareil génito-urinaire.

Cette observation ne permet pas à elle seule d’identifier les mécanismes en cause.

Plusieurs hypothèses peuvent être avancées :

  • les conséquences indirectes de la pandémie,
  • les retards diagnostiques,
  • les interruptions ou reports de soins,
  • l’aggravation de certains facteurs de risque,
  • l’augmentation de la vulnérabilité des populations âgées,
  • les inégalités sociales de santé.

Quelle que soit l’explication précise, ces résultats montrent que le poids des maladies chroniques dans la mortalité française demeure considérable.

On ne meurt presque jamais d’une seule maladie

L’apport le plus intéressant des nouvelles analyses concerne probablement les causes associées de décès.

Traditionnellement, les statistiques de mortalité reposent sur la cause initiale de décès. Il s’agit de la maladie ou de l’événement ayant déclenché la chaîne d’événements ayant conduit au décès.

Cette approche est indispensable mais elle simplifie fortement la réalité clinique.

En 2024, 32 % des certificats de décès mentionnent au moins une cause associée. En moyenne, 2,2 causes associées sont recensées lorsqu’elles sont renseignées.

Ces causes associées correspondent à des maladies chroniques, des facteurs aggravants ou des antécédents médicaux ayant contribué au décès sans constituer nécessairement sa cause initiale.

Tous âges confondus, les causes associées les plus fréquemment mentionnées sont :

  • l’hypertension artérielle,
  • les troubles du rythme et de la conduction cardiaque,
  • le diabète,
  • les tumeurs.

Chez les personnes de moins de 65 ans, les tumeurs, l’alcool et le tabac occupent une place particulièrement importante.

Après 65 ans, l’hypertension artérielle devient la cause associée la plus fréquemment retrouvée.

Ces données rappellent une réalité souvent absente des statistiques grand public : la plupart des décès surviennent dans un contexte de polypathologie.

Causes associées, comorbidités et multimorbidité : une lecture plus réaliste de la santé des populations

L’analyse des causes associées rapproche les statistiques de mortalité de la réalité observée sur le terrain.

Les maladies chroniques s’accumulent au cours de la vie.

Le diabète favorise les maladies cardiovasculaires.

L’hypertension augmente le risque d’accident vasculaire cérébral, d’insuffisance cardiaque et d’insuffisance rénale.

Le tabagisme contribue simultanément aux cancers, aux maladies respiratoires chroniques et aux maladies cardiovasculaires.

Les trajectoires de santé sont donc rarement organisées autour d’une seule maladie.

Elles sont généralement marquées par l’accumulation progressive de facteurs de risque, de maladies chroniques et de fragilités biologiques ou sociales.

Cette réalité rejoint les travaux récents sur la multimorbidité, qui montrent que les enjeux de santé publique concernent de plus en plus les associations de maladies plutôt que des pathologies isolées.

Pour les acteurs de la santé, cette évolution est majeure.

Prévenir une maladie reste important.

Mais prévenir l’apparition successive de plusieurs maladies chroniques pourrait devenir un objectif encore plus pertinent.

Ce que ces données changent pour les acteurs de la santé

Ces chiffres décrivent les conséquences cumulées de plusieurs décennies d’exposition aux facteurs de risque, aux comportements de santé, aux déterminants sociaux et aux maladies chroniques.

Le recul continu de certaines mortalités témoigne des progrès de la prévention, du dépistage et des traitements.

Mais la persistance d’une mortalité chronique supérieure aux tendances attendues avant la pandémie rappelle que ces progrès demeurent fragiles.

Les données publiées en 2026 soulignent ainsi un enjeu central pour les prochaines années : dépasser une approche centrée sur les maladies prises isolément pour mieux comprendre les trajectoires de santé, la multimorbidité et l’accumulation des vulnérabilités tout au long de la vie.

Il s’agit moins de lutter contre une pathologie particulière qu’à empêcher l’installation progressive des conditions qui permettent à plusieurs maladies chroniques de coexister.


Références

Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES). (2026). Causes médicales de décès en 2024 : évolution des principales causes de décès. Études et Résultats.

Santé publique France. (2026). Les causes médicales de décès en France en 2024. Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire.

Inserm, CépiDc, DREES & Santé publique France. (2026, 23 juin). Grandes causes de décès en France : tendances et causes associées en 2024. Salle de presse Inserm.

A lire également : Multimorbidité : pourquoi sa prévalence varie de 1 % à 35 % selon la définition utilisée

Bibliographie

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