Santé numérique, IA, INM : où vont réellement les investissements santé en 2026 ?

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Investissements santé 2026

Les investissements en santé numérique continuent d’accélérer. Intelligence artificielle, plateformes de coordination, télésurveillance et données de santé attirent une part croissante des financements privés et institutionnels.

Dans le même temps, les interventions dont l’efficacité sur la réduction durable des risques est la mieux documentée, activité physique adaptée, interventions non médicamenteuses (INM), interventions comportementales ou actions sur les déterminants, restent beaucoup plus marginales dans les dynamiques de financement.

L’analyse des tendances 2025-2026 montre pourtant une évolution importante : les investissements santé commencent à se fragmenter selon des logiques très différentes du risque, de l’impact et de la prévention.

Les fonds privés financent principalement la mesure, la prédiction et l’optimisation des parcours. Les financements publics expérimentaux et certains fonds à impact s’orientent davantage vers l’accompagnement, les comportements, le vieillissement ou les interventions humaines hybrides.

Cette distinction devient centrale pour comprendre ce qui est réellement financé dans la transformation des trajectoires de santé.

Tableau comparatif des investissements santé en 2026

Type d’acteurPriorités d’investissement dominantesFinalité principale
Venture capital / HealthTechIA, données, automatisation, télésurveillanceScalabilité et valorisation
Assureurs / complémentairesParcours, segmentation, prévention cibléeMaîtrise des coûts
Fonds à impact / mutuellesVieillissement, santé mentale, prévention, autonomieImpact social et maintien
Article 51 / pouvoirs publicsCoordination, parcours complexes, APA, accompagnementRéduction des hospitalisations et amélioration des parcours
Recherche interventionnelle / INMComportements, prévention primaire, déterminantsRéduction durable du risque

© Vivoptim Solutions, 2026

Où vont réellement les investissements santé en 2026 ?

Domaine financéSource principale des financementsNiveau actuel d’investissementNiveau de preuve sur réduction durable du risque
IA clinique et prédictionVenture capital, HealthTechTrès élevéEncore limité
Plateformes et parcours numériquesAssureurs, HealthTechÉlevéVariable
TélésurveillanceIndustriels, établissementsÉlevéVariable
Applications santé grand publicVC, Big TechÉlevéFaible à modéré
Activité physique adaptée (APA)Article 51, ARS, collectivitésEn progressionÉlevé
Interventions non médicamenteuses (INM)Recherche, expérimentationModéréSouvent élevé mais hétérogène
Prévention comportementale intensiveSanté publiqueFaible à modéréÉlevé
Action sur les déterminants de santéPolitiques publiquesFaibleTrès élevé
Coordination et parcours complexesArticle 51En progressionModéré à élevé

© Vivoptim Solutions, 2026

Une forte accélération des investissements dans la santé numérique et l’IA

Selon les données publiées par Mind Health et France HealthTech, les start-up françaises de la e-santé ont levé environ 158 millions d’euros au premier trimestre 2026.

Les segments les plus financés concernent principalement l’intelligence artificielle clinique, la donnée de santé, les plateformes de coordination, la télésurveillance, les outils d’aide à la décision, les parcours numériques et l’automatisation administrative.

Cette orientation n’est pas spécifique à la France.

Les programmes soutenus par Bpifrance, France 2030 ou les dispositifs HealthTech restent majoritairement orientés vers l’innovation technologique, les biomarqueurs numériques, les dispositifs médicaux, la médecine personnalisée, l’intelligence artificielle et les infrastructures de données.

Ces modèles présentent plusieurs caractéristiques attractives pour les investisseurs :

  • forte scalabilité,
  • industrialisation rapide,
  • génération de données,
  • intégration dans les systèmes existants,
  • potentiel de valorisation économique.

Autrement dit : les investissements vont principalement vers les outils capables de mesurer, prédire ou optimiser les parcours de santé.

Beaucoup moins vers les interventions capables de modifier durablement les comportements ou les déterminants.

Les investissements en santé se fragmentent selon des logiques différentes du risque

Les publications récentes des acteurs de l’assurance santé montrent une dynamique centrée principalement sur :

  • la segmentation des risques,
  • les parcours numériques,
  • la prévention ciblée,
  • l’automatisation,
  • l’anticipation des dépenses.

Cette logique est directement liée à la hausse structurelle des dépenses de santé, sous l’effet du vieillissement, des maladies chroniques et de la progression de la multimorbidité.

Dans ce contexte, les outils numériques sont principalement utilisés comme leviers :

  • d’efficience,
  • de pilotage du risque,
  • d’optimisation des parcours,
  • de détection précoce.

À l’inverse, certains fonds mutualistes, fonds à impact et dispositifs d’innovation sociale financent progressivement des projets davantage centrés sur :

  • le vieillissement,
  • la santé mentale,
  • l’autonomie,
  • le maintien à domicile,
  • l’accompagnement humain,
  • l’activité physique,
  • les parcours coordonnés.

L’objectif n’est plus uniquement :

  • la scalabilité,
  • la valorisation technologique,
  • la donnée,

mais davantage :

  • l’impact social,
  • le maintien de l’autonomie,
  • la réduction des hospitalisations,
  • la soutenabilité des parcours.

Les expérimentations financées dans le cadre de l’Article 51 suivent encore une autre logique.

Le rapport 2025 recense environ 158 expérimentations actives portant notamment sur :

  • l’obésité,
  • les maladies chroniques,
  • la santé mentale,
  • le vieillissement,
  • les parcours complexes,
  • l’activité physique adaptée,
  • le maintien à domicile.

Contrairement au capital-risque, ces expérimentations financent principalement :

  • l’organisation des parcours,
  • la coordination des acteurs,
  • l’accompagnement humain,
  • les modèles hybrides,
  • les interventions territoriales,
  • certaines interventions comportementales.

Le numérique y est souvent présent comme support d’organisation ou de coordination, rarement comme intervention autonome.

Les INM et l’activité physique adaptée progressent… mais restent minoritaires

Les travaux de la Non-Pharmacological Intervention Society (NPIS) et les publications de Grégory Ninot montrent une progression importante des interventions non médicamenteuses dans les politiques de santé.

Les INM regroupent notamment :

  • l’activité physique adaptée,
  • les interventions nutritionnelles,
  • les psychothérapies,
  • les programmes psycho-éducatifs,
  • les interventions comportementales structurées.

Parmi elles, l’activité physique adaptée (APA) est aujourd’hui l’intervention la plus avancée en matière.

Les principaux domaines concernés sont :

  • le cancer,
  • le diabète,
  • les maladies cardiovasculaires,
  • l’obésité,
  • le vieillissement.

Plusieurs études montrent des effets importants sur :

  • la qualité de vie,
  • certaines complications,
  • le maintien fonctionnel,
  • le risque cardiométabolique,
  • certaines hospitalisations évitables.

Pourtant, malgré ce niveau de preuve, les financements restent essentiellement :

  • expérimentaux,
  • territoriaux,
  • limités,
  • dépendants d’appels à projets.

Autrement dit : les interventions dont l’efficacité comportementale et clinique est souvent la mieux documentée restent beaucoup moins financées que les solutions numériques de mesure ou de prédiction.

Le vrai désalignement : ce qui est financé en santé n’est pas toujours ce qui réduit le plus les risques

L’analyse des investissements 2025-2026 montre un désalignement structurel entre :

  • les preuves scientifiques disponibles,
  • les modèles économiques,
  • les logiques de financement.

Pourquoi ce décalage persiste

Les interventions capables de modifier durablement les trajectoires de santé présentent souvent des caractéristiques peu compatibles avec les logiques économiques dominantes du numérique :

  • effets dépendants du contexte,
  • besoin d’accompagnement humain,
  • temporalité longue,
  • difficulté d’industrialisation,
  • résultats plus complexes à mesurer rapidement.

À l’inverse, les outils numériques de prédiction, de segmentation ou d’optimisation présentent une forte scalabilité, des coûts marginaux faibles et une valorisation économique plus immédiate.

Le désalignement observé ne relève donc pas uniquement des preuves scientifiques disponibles, mais aussi des modèles économiques qui structurent les investissements.

La prévention reste sous-financée par rapport au curatif

Les données disponibles sur les investissements publics confirment également cette tendance.

Le Canadian Journal of Public Health rappelait récemment que, parmi les 1,8 milliard d’euros investis par l’INCa entre 2007 et 2023, seulement 3 % concernaient explicitement la prévention.

Dans le même temps, les maladies non transmissibles représentent toujours environ 75 % de la mortalité mondiale selon l’OMS.

Cette situation renforce une tension structurelle.

Les systèmes investissent massivement dans :

  • la prédiction,
  • la détection,
  • l’optimisation des parcours,

beaucoup moins dans :

  • la transformation durable des comportements,
  • les déterminants,
  • les environnements favorables à la santé.

Vers une convergence progressive ?

Plusieurs signaux suggèrent néanmoins une évolution.

Les expérimentations récentes montrent une montée progressive :

  • des modèles hybrides,
  • des interventions combinant numérique et accompagnement humain,
  • des approches intégrant activité physique adaptée,
  • des parcours coordonnés,
  • des stratégies comportementales structurées.

Les acteurs commencent progressivement à reconnaître une limite importante : mesurer un risque ou détecter précocement un problème ne suffit pas à modifier durablement une trajectoire de santé.

La prochaine phase de transformation pourrait donc moins dépendre :

  • de nouvelles technologies,
  • de nouvelles capacités prédictives,

que de la capacité à intégrer :

  • les sciences comportementales,
  • les INM,
  • l’organisation des parcours,
  • l’action sur les déterminants,
  • les modèles de maintien à long terme.

Conclusion

Les investissements santé 2026 montrent une dynamique claire : la majorité des financements se dirigent vers les outils capables de mesurer, prédire, segmenter ou optimiser les parcours.

Les interventions les plus efficaces pour réduire durablement les risques, activité physique adaptée, interventions comportementales intensives, action sur les déterminants ou prévention structurée, progressent mais restent beaucoup plus marginales dans les modèles économiques dominants.

Le marché finance principalement la gestion du risque.

Les acteurs prévention commencent progressivement à financer sa transformation.

Le principal enjeu des prochaines années ne sera probablement pas uniquement technologique.

Il sera de savoir si les systèmes de santé deviennent capables de financer durablement ce qui transforme réellement les trajectoires de santé, et pas uniquement ce qui permet de mieux les mesurer.


Références bibliographiques

Bpifrance. (2025). France 2030 et stratégie innovation santé. https://www.bpifrance.fr

European Commission. (2025). State of Health in the EU 2025. European Commission.

France HealthTech. (2026). Panorama France HealthTech 2026. https://france-biotech.fr/

Institut national du cancer (INCa). (2024). Rapport scientifique 2023.

Maddox, T. M., et al. (2024). Randomised controlled trials evaluating artificial intelligence in clinical practice: A systematic review. The Lancet Digital Health. https://doi.org/10.1016/S2589-7500(24)00047-5

Mind Health. (2026). Les start-up françaises de la e-santé ont levé 158 millions d’euros au premier trimestre 2026. https://www.mind.eu.com/health/article/les-start-up-francaises-de-la-e-sante-ont-leve-158-millions-deuros-au-premier-trimestre-2026/

Mutuelles Impact. (2026). Rapport d’activité et investissements à impact. https://mutuellesimpact.fr

Ninot, G. (2024). Interventions non médicamenteuses : prévenir, soigner et accompagner autrement. Dunod.

OECD. (2026). The health and economic benefits of tackling non-communicable diseases. OECD Publishing.

Potvin, L., Hamant, C., & Rollin, Z. (2026). Health prevention research in France: Increasing investment is a priority, rethinking targets is equally crucial. Canadian Journal of Public Health, 117(Suppl 1), 5–9. https://doi.org/10.17269/s41997-026-01164-3

République française. (2025). Rapport annuel Article 51 : expérimentations organisationnelles en santé.

World Health Organization. (2025). Noncommunicable diseases. https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/noncommunicable-diseases

A lire également : Comment évaluer réellement l’impact d’une intervention en prévention, santé numérique ou IA santé ?

Bibliographie

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