3 points clés à retenir
- Produire un changement pendant une intervention et maintenir ce changement après sa phase principale sont deux questions différentes. Le maintien doit être mesuré explicitement : il ne peut pas être déduit du seul résultat observé à la fin de l’intervention.
- Les boosters pourraient contribuer au maintien de l’activité physique, mais leur bénéfice supplémentaire reste incertain. Dans une méta-analyse publiée en 2025, le niveau de maintien de l’activité physique modérée à vigoureuse était en moyenne supérieur de 6,0 % avec intervention + booster par rapport à l’intervention seule. Mais l’intervalle de confiance à 95 % allait de −4,2 % à +16,3 % et incluait donc l’absence de différence.
- La recherche ne permet pas encore de définir une dose, une forme ou un calendrier optimal de soutien. Concevoir le maintien ne signifie donc pas nécessairement prolonger l’intervention. Cela signifie surtout définir et tester ce qui se passe après sa phase principale.
De nombreuses interventions comportementales sont principalement conçues autour d’une phase active : un début, un contenu, une durée, puis une fin. Peu incluent des mesures de ce qui se passe après.
Mais deux questions différentes sont en réalité posées :
- Une intervention a-t-elle produit un changement ?
- Ce changement a-t-il été maintenu après la réduction ou l’arrêt du soutien ?
Ces deux questions ne relèvent pas nécessairement des mêmes mécanismes.
Que se passe-t-il après la fin d’une intervention de changement comportemental ?
Une revue systématique et méta-analyse publiée en 2025 dans l’International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity s’est intéressée précisément à cette question à travers les « boosters » : des soutiens proposés après la phase principale d’une intervention afin de tenter d’en maintenir les effets.
Tarantino et ses collègues ont inclus 40 essais, dont 16 disposaient de données permettant leur intégration dans la méta-analyse. Les boosters comprenaient notamment des appels téléphoniques, des SMS, des contacts individuels ou collectifs en présentiel, des supports imprimés et différents formats à distance. Le nombre de contacts variait fortement selon les études, d’un seul contact à plusieurs dizaines, jusqu’à 170 points de contact dans l’une d’entre elles.
Cette diversité est importante. Un SMS automatisé envoyé quelques semaines après une intervention n’est pas nécessairement comparable à une série d’entretiens personnalisés répartis sur plusieurs mois.
Sous le terme « booster » se trouvent donc des interventions dont le contenu, l’intensité, le calendrier et probablement les mécanismes d’action peuvent être très différents.
Qu’est-ce qu’un booster en changement comportemental ?
Les auteurs définissent les boosters comme toute forme de soutien proposée après la fin de l’intervention, dans le but de maintenir ses effets. Leur revue montre que les appels téléphoniques et les SMS étaient parmi les modalités les plus fréquemment utilisées, mais que les stratégies étaient très hétérogènes.
Cette définition a une conséquence importante : « booster » ne désigne pas une intervention précise.
Il désigne une fonction : apporter un soutien après la phase principale, qui peut être remplie de nombreuses manières.
D’autre part, plutôt que de poser la question les boosters fonctionnent-ils ?, la question plus précise serait : quels types de soutien, délivrés à quels moments et avec quelle intensité, contribuent éventuellement au maintien du comportement ?
Efficacité des boosters en changement comportemental : les résultats pour maintenir l’activité physique
C’est ici que la lecture des résultats demande de la prudence. Pour isoler l’apport potentiel des boosters, la comparaison la plus informative est : intervention + booster versus intervention seule.
Dans cette comparaison, le maintien de l’activité physique modérée à vigoureuse (MVPA) était en moyenne 6,0 % plus élevé dans le groupe recevant des boosters. Mais l’intervalle de confiance à 95 % allait de −4,2 % à +16,3 %, avec p = 0,230.
Il serait donc trop affirmatif d’écrire : « les boosters augmentent le maintien de l’activité physique de 6 %. »
Le 6,0 % est une estimation ponctuelle. Les données restent compatibles avec une absence de différence comme avec un effet positif plus important.
Il faut également préciser ce que représente cette valeur : les auteurs ont analysé les variations en pourcentage de la MVPA quotidienne entre le début de l’étude et le dernier suivi disponible, et ont utilisé ces variations comme métrique de standardisation. Le « 6 % » ne signifie donc pas que les participants ont nécessairement réalisé 6 % de minutes d’activité physique supplémentaires dans leur vie quotidienne.
La conclusion la plus prudente est donc : les boosters pourraient contribuer au maintien de l’activité physique, mais l’ampleur de leur bénéfice supplémentaire reste incertaine.
Cette prudence est d’autant plus importante que la certitude globale des preuves a été évaluée comme faible selon GRADE, notamment en raison de problèmes d’indirectness et d’imprécision.
Changement comportemental : que signifie « maintenir » ?
Le maintien peut être défini de plusieurs façons.
- On peut considérer qu’un comportement est maintenu lorsqu’une personne continue à atteindre un niveau donné.
- On peut aussi s’intéresser à la proportion du gain initial qui est conservée.
- Mais on peut encore poser une troisième question : l’effet causal de l’intervention est-il maintenu ?
Ces trois notions ne sont pas équivalentes.
Prenons un exemple.
Une personne passe de 40 à 100 minutes d’activité physique modérée à vigoureuse par semaine après l’intervention, puis revient à 80 minutes.
Elle a perdu une partie du gain initial. Mais elle en conserve également une partie.
Si, dans le même temps, un groupe contrôle passe de 40 à 50 minutes, l’écart entre les deux groupes peut rester important.
Dire que « le changement n’a pas été maintenu » serait alors trop simplificateur.
La méta-analyse de Tarantino et al. adopte une définition opérationnelle précise : le sustainment correspond à la préservation du niveau d’activité physique observé après l’intervention jusqu’au dernier suivi disponible. Cette définition est adaptée à leur question de recherche, mais elle ne constitue pas une définition universelle du succès d’un changement comportemental.
Le temps compte aussi
Un autre point mérite d’être souligné. Maintenir pendant combien de temps ?
Quatre semaines, six mois ou deux ans ne représentent pas nécessairement le même phénomène.
Dans la méta-analyse, le maintien est évalué au dernier suivi disponible, et la durée entre la fin de l’intervention et ce suivi varie selon les études. Les auteurs ont d’ailleurs testé cette durée comme modérateur ; cette analyse n’a pas fourni d’élément concluant en faveur d’un effet de la durée du suivi sur les changements de MVPA.
Cela invite à considérer le maintien non pas seulement comme une valeur mesurée à un instant donné, mais comme une trajectoire comportementale.
On pourrait ainsi distinguer : initiation → progression → éventuelle décroissance → stabilisation → maintien ou rechute
Le dernier point de mesure ne raconte qu’une partie de cette trajectoire. Le résultat dépend aussi de la manière dont l’activité physique est mesurée.
La méta-analyse fait apparaître une différence intéressante entre les méthodes de mesure.
Dans les études utilisant des mesures auto-déclarées, la différence entre intervention + booster et intervention seule était estimée à +11,3 %, mais restait incertaine : IC95 % −4,7 à +27,2 ; p = 0,137.
Dans les études utilisant des mesures fondées sur des dispositifs, la différence estimée n’était que de +0,8 %, avec un IC95 % allant de −15,1 à +16,7 ; p = 0,912.
Cela ne signifie pas que les questionnaires seraient « faux » et que les dispositifs fourniraient automatiquement la vérité.
Les deux méthodes mesurent le comportement avec des contraintes différentes.
Les auteurs soulignent néanmoins que les résultats diffèrent selon le mode de mesure, ce qui constitue une raison supplémentaire de ne pas interpréter trop rapidement l’estimation globale de l’effet des boosters.
Plus de boosters signifie-t-il plus d’efficacité ?
La méta-analyse observe également une association entre le nombre de boosters et les changements de MVPA.
Les études comportant davantage de boosters présentaient des changements plus favorables. L’analyse comparant les études situées autour de niveaux faibles et élevés de nombre de boosters estimait une différence de 18 points de pourcentage entre les deux niveaux, avec un IC95 % de 5,0 à 31,0.
Mais cela ne permet pas de conclure simplement que plus on relance, plus le maintien est important.
Les participants n’ont pas été randomisés pour recevoir un nombre précis de boosters.
Il s’agit d’une analyse de modération entre études, et les études peuvent différer sur de nombreux autres paramètres : populations, interventions initiales, contexte, durée ou contenu des contacts.
Cette analyse peut donc générer une hypothèse de relation dose-réponse, mais elle ne démontre pas à elle seule qu’augmenter le nombre de boosters provoquera une augmentation correspondante du maintien.
D’autant que le nombre de contacts est une mesure très grossière de la « dose ».
Deux SMS automatisés ne représentent pas nécessairement la même intervention que deux entretiens personnalisés de trente minutes.
Le problème se pose également pour le canal de diffusion. Les résultats de la méta-analyse suggèrent des différences selon les formats à distance, en présentiel ou mixtes, mais ces analyses reposent sur des comparaisons entre études et ne permettent pas d’établir une hiérarchie universelle entre ces modalités.
La recherche ne permet donc pas encore de définir une dose optimale, un canal optimal ou un calendrier universel de boosters.
Et si le bon soutien était parfois… aucun soutien ?
C’est une possibilité qu’il faut conserver dans le raisonnement.
Le fait qu’un soutien supplémentaire puisse être utile dans certaines situations ne signifie pas que toutes les personnes ont besoin de boosters.
On peut envisager au moins trois modèles.
- L’autonomie : l’intervention produit suffisamment de changement pour que le soutien supplémentaire ne soit plus nécessaire.
- Le soutien intermittent : des contacts ponctuels permettent de renforcer le comportement après la fin de la phase principale.
- Le soutien adaptatif : le soutien n’est proposé que lorsqu’un signal suggère que le comportement commence à se dégrader.
Ces modèles sont des hypothèses de conception, pas des conclusions établies par la méta-analyse.
Cette distinction est importante.
Concevoir le maintien ne signifie pas nécessairement ajouter systématiquement une nouvelle phase d’intervention.
Cela signifie d’abord se demander si un soutien est nécessaire, pour qui, quand et dans quelles circonstances.
Le véritable enjeu est peut-être la transition vers l’autonomie
C’est ici que la littérature sur les boosters soulève une question plus large.
Une intervention comportementale est souvent pensée comme une période pendant laquelle on cherche à produire un changement.
Puis elle s’arrête. Implicitement, le modèle peut devenir : intervention → fin → autonomie.
Ce modèle peut fonctionner pour certaines personnes. Mais il suppose que les conditions ayant permis l’apparition du comportement restent suffisamment présentes lorsque le soutien diminue ou disparaît.
Une autre hypothèse serait de considérer la transition elle-même comme un objet de conception : initiation du changement → consolidation → réduction du soutien → maintien → soutien éventuel.
Cette séquence n’est pas démontrée par la méta-analyse de Tarantino et al.
Elle constitue plutôt une hypothèse de recherche : la transition entre une intervention active et l’autonomie pourrait elle-même être conçue et évaluée.
Vers un soutien plus adaptatif ?
Une autre possibilité consiste à ne plus délivrer le soutien uniquement selon un calendrier fixe, mais à l’adapter à l’évolution du comportement.
C’est notamment la logique des Just-in-Time Adaptive Interventions (JITAI) : des interventions qui adaptent le moment ou le contenu du soutien à des informations actualisées concernant la personne ou son contexte.
Une revue systématique publiée en 2024 dans le Journal of Medical Internet Research a identifié 45 études sur les JITAI portant sur différents résultats physiologiques et comportementaux, principalement l’activité physique et les comportements sédentaires. Les auteurs soulignent une forte hétérogénéité des dispositifs et une qualité méthodologique globale majoritairement faible.
Les stratégies étudiées étaient très diverses : variables mesurées par dispositifs, auto-déclarations, notifications, feedback personnalisé, règles simples de type « si-alors » ou algorithmes plus complexes.
Ces travaux montrent donc que différentes formes de soutien adaptatif sont techniquement et expérimentalement possibles.
Ils ne démontrent pas qu’un soutien adaptatif est systématiquement supérieur à un soutien fixe.
L’idée de déclencher un soutien lorsqu’un comportement commence à se dégrader doit donc être considérée comme une hypothèse à tester, et non comme une règle de conception déjà établie.
Une intervention peut avoir une fin. Le changement, lui, mérite d’être suivi.
Conclusion
La méta-analyse de Tarantino et al. apporte un élément intéressant : les interventions incluant des boosters présentent, au dernier suivi disponible, une estimation moyenne de maintien de la MVPA supérieure à celle des interventions sans booster. Mais l’estimation globale de +6,0 % reste compatible avec l’absence de différence, et la certitude des preuves a été jugée faible.
La littérature ne permet pas davantage de déterminer aujourd’hui un nombre optimal de boosters, une modalité supérieure ou une règle universelle de personnalisation.
Cela ne signifie pas que les boosters sont inutiles.
Cela signifie que leur effet additionnel, leur dose, leur contenu, leur moment et leurs modalités restent des questions empiriques ouvertes.
Et c’est peut-être là que se situe la question la plus intéressante. Une intervention peut parfaitement avoir une date de fin.
Mais si son objectif est de produire un changement durable, la durée de l’intervention et la durée du changement ne sont pas la même variable.
Le maintien ne devrait donc pas être considéré comme une conséquence automatique du changement initial. Il peut être traité comme un phénomène à définir, mesurer et tester.
Références
Fiedler, J., Bergmann, M. R., Sell, S., Woll, A., & Stetter, B. J. (2024). Just-in-Time Adaptive Interventions for Behavior Change in Physiological Health Outcomes and the Use Case for Knee Osteoarthritis: Systematic Review. Journal of Medical Internet Research, 26, e54119.
Tarantino, G., Ntoumanis, N., Neville, R., Cimenti, C., Petersen, A. P., Pfeffer, K., Mazéas, A., Larsen, M. N., Krustrup, P., & Thøgersen-Ntoumani, C. (2025). Effectiveness of booster strategies to promote physical activity maintenance: A systematic review and meta-analysis. International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity, 22, 138.
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