L’article “Comment impliquer le public et les patient(e)s dans la recherche en prévention primaire des cancers : Perspectives internationales et leçons tirées du réseau CANCEPT” (Oustric et al., 2025) fournit un retour d’expérience méthodologique unique sur la prévention primaire des cancers. Il met en lumière non seulement l’importance des facteurs de risque modifiables (tabac, alcool, alimentation, sédentarité, polluants) mais aussi la manière dont la recherche participative peut renforcer l’efficacité des interventions.
La prévention primaire des cancers : levier stratégique mais encore marginal
Même si la prévention primaire constitue le niveau d’intervention le plus en amont et potentiellement le plus efficient, elle reste sous-exploitée. Les systèmes de santé sont majoritairement orientés vers la prise en charge curative, en raison de financements centrés sur les actes médicaux et d’une visibilité politique limitée des maladies évitées. Or, près de 30 % des cancers sont liés à des facteurs nutritionnels et environnementaux modifiables (INCa, 2018), soulignant le potentiel des interventions en amont.
L’apport de la recherche participative
Le réseau CANCEPT a expérimenté une démarche participative via le Groupe d’Échange Méthodologique GEM MIXTE, composé de chercheurs et de co-chercheurs issus du public et de patients. Cette approche a permis :
- La diversification des profils des co-chercheurs, améliorant la pertinence des interventions.
- L’élaboration de repères méthodologiques précis pour intégrer le vécu et les attentes des populations ciblées.
- Une évaluation structurée des pratiques participatives avec le Public and Patient Engagement Evaluation Tool (PPEET), confirmant l’adhésion mais révélant la difficulté d’assurer une diversité socioculturelle complète.
Ces résultats illustrent que la prévention primaire gagne en efficacité lorsque les interventions sont co-construites avec les personnes concernées, plutôt que simplement prescrites.
Déterminants modifiables et contraintes structurelles
Si les facteurs de risque des maladies chroniques sont bien identifiés, leur modification est conditionnée par des facteurs structurels :
- Normes sociales et culturelles
- Environnements commerciaux et urbanistiques
- Contraintes économiques et inégalités territoriales
Ainsi, la transformation des comportements santé individuels ne peut se faire sans agir sur les contextes dans lesquels ils se développent (Marmot et al., 2020).
Santé numérique : complément mais pas substitut
Les outils numériques représentent un levier intéressant pour la prévention primaire en permettant un suivi personnalisé, des rappels et de l’éducation. Cependant, comme le souligne le rapport CANCEPT :
- Leur impact reste limité si les environnements ne sont pas favorables aux changements de comportement.
- L’adoption différenciée selon le niveau socio-économique peut accentuer les inégalités.
Des études récentes confirment que la combinaison d’interventions numériques et d’adaptations structurelles produit les résultats les plus robustes (Riva et al., 2023).
Une approche intersectorielle nécessaire
La prévention primaire efficace ne relève pas du seul système de soins : elle nécessite la coordination de l’éducation, de l’urbanisme, de la fiscalité, de la politique alimentaire et de l’environnement. La réussite repose sur une action simultanée sur :
- Les environnements physiques et économiques
- Les déterminants sociaux et territoriaux
- Les incitations institutionnelles et la coordination intersectorielle
Conclusion
La leçon clé du réseau CANCEPT est que la prévention primaire n’est pas un simple programme de santé publique mais un projet de transformation systémique. Son succès dépend autant de la qualité des interventions que de la capacité à intégrer les populations concernées, à agir sur les environnements et à aligner les incitations institutionnelles. Dans un contexte de vieillissement démographique et d’augmentation des maladies chroniques, la prévention primaire devient un levier stratégique de soutenabilité des systèmes de santé.
Références
- Oustric P., Addamiano M.C., Redmond N.M., et al. (2025). Comment impliquer le public et les patient(e)s dans la recherche en prévention primaire: Perspectives internationales et leçons tirées du réseau CANCEPT. Canadian Journal of Public Health
- INCa (2018). Plan cancer : Prévention et dépistage.
- Marmot M., Allen J., Boyce T., Goldblatt P., Morrison J. (2020). Health Equity in England: The Marmot Review 10 Years On.
- Riva G., Wiederhold B.K., Mantovani F. (2023). Digital Health Interventions for Behavior Change in Non-Communicable Diseases: A Systematic Review. JMIR Public Health and Surveillance.
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