Les derniers documents publiés semblent indiquer que l’évitement du risque santé et l’évitement de la mortalité seront les nouveaux enjeux de 2026-2028. 2025 a marqué l’année d’un changement de conception de la santé par les instances internationales et européennes. La santé n’est plus pensée prioritairement comme la gestion de maladies, mais comme la préservation de capacités dans un contexte de vieillissement et de chronicisation. La santé devient un sujet de comportements soutenus dans le temps, et non plus seulement un sujet de soins.
Toutefois :
- les journalistes lisent ces textes comme des annonces politiques vagues,
- les acteurs tech cherchent des budgets ou des appels à projets,
- les experts cliniques attendent des guidelines.
Personne ne lit ces textes comme un changement de paradigme comportemental.
Une cause possible de cette tendance est la difficulté pour les instances et les acteurs d’évaluer cliniquement et économiquement la gestion du risque et l’évitement des maladies. Retour de l’état de la science actuelle.
L’évitement du risque santé et de la maladie n’est plus une intuition, mais un objet mesurable
Pendant longtemps, la prévention comportementale a été considérée comme une évidence sanitaire, mais un objet scientifique difficilement mesurable.
Depuis moins de trois ans, la littérature internationale a profondément fait évoluer l’évaluation de l’évitement de la maladie, en combinant :
- modèles de risque de mortalité,
- données longitudinales de comportements,
- analyses de coûts de soins,
- et indicateurs de charge de morbidité (DALYs, QALYs).
La question n’est donc plus de savoir si les comportements santé influencent la mortalité et les coûts, mais comment quantifier cet effet de manière cliniquement et économiquement crédible, et surtout comment l’intégrer dans les décisions publiques.
État de la science : du comportement au risque de mortalité évitable
Activité physique et mortalité : des relations désormais quantifiées
Les méta-analyses récentes confirment une relation dose–réponse robuste entre activité physique et mortalité toutes causes confondues.
Les travaux publiés dans The Lancet Public Health et BMJ montrent que :
- atteindre les recommandations minimales d’activité physique est associé à une réduction du risque de mortalité de 20 à 30 %,
- des bénéfices apparaissent dès des niveaux inférieurs aux recommandations,
- et l’effet marginal est maximal chez les populations initialement inactives.
Insight clé : le gain de mortalité évitée est plus lié au passage de l’inactivité à une activité modérée qu’à l’optimisation chez les individus déjà actifs.
Cela a des implications majeures pour la conception des interventions numériques :
le rendement sanitaire maximal se situe dans les stratégies de diffusion large, non dans l’ultra-personnalisation élitiste.
Évitement de la maladie : une logique de trajectoire, pas d’événement
Les études récentes ne modélisent plus l’évitement comme l’absence d’un événement isolé, mais comme :
- une réduction cumulative du risque,
- un retard d’entrée dans la maladie,
- ou une atténuation de la sévérité des trajectoires chroniques.
Les travaux espagnols et brésiliens récents montrent que :
- maintenir un niveau d’activité physique modéré sur 10 ans est associé à une réduction de 25 à 45 % des coûts de soins primaires,
- les trajectoires « en baisse » concentrent les dépenses les plus élevées,
- et l’évitement s’exprime autant par la non-survenue que par la non-aggravation.
Insight : l’évitement de la maladie est souvent invisible car il se manifeste par l’absence de coûts futurs, non par des gains immédiats.
Évaluation monétaire : ce que les chiffres disent vraiment
Coûts directs évités : des ordres de grandeur désormais stabilisés
Les études américaines et européennes récentes convergent vers des estimations robustes :
- l’inactivité physique représenterait 10 à 15 % des dépenses totales de santé,
- avec un surcoût annuel individuel de 1 300 à 2 000 USD pour les adultes inactifs,
- et des coûts encore plus élevés pour les populations chroniques.
Ces estimations reposent désormais sur :
- des modèles économétriques multi-parties,
- des ajustements socio-démographiques fins,
- et des données de dépenses réelles, non déclaratives.
Insight structurant : les coûts évitables liés aux comportements dépassent largement ceux de nombreuses innovations thérapeutiques pourtant mieux financées.
Pourquoi ces chiffres restent peu mobilisés en France
En France, le frein n’est pas l’absence de données, mais leur faible intégration dans les cadres de décision.
Trois raisons principales :
- Les modèles économiques sont pensés pour le coût incrémental immédiat, pas pour l’évitement différé.
- Les économies diffuses (hospitalisations évitées, complications retardées) sont mal attribuables à une intervention unique.
- Les interventions comportementales numériques sont rarement évaluées sur des horizons > 3 ans, alors que leurs effets sont cumulatifs.
Le système français sous-valorise structurellement ce qui évite des coûts futurs non visibles dans l’exercice budgétaire courant.
Là où se joue réellement la valeur : la réduction du risque agrégé
Lorsqu’elles sont intégrées dans des parcours coordonnés, les interventions numériques :
- augmentent la durée d’exposition à des comportements protecteurs,
- réduisent la variabilité interindividuelle,
- et déplacent la distribution globale du risque.
Ce mécanisme est désormais bien décrit dans les modèles de risque populationnels, mais encore très peu pris en compte dans les évaluations réglementaires.
Perspectives à 3 ans (2026–2028)
Une montée en puissance des modèles de risque intégrés
Les trois prochaines années verront une généralisation :
- des modèles combinant comportements, données cliniques et données de soins,
- des analyses de mortalité évitable multi-facteurs,
- et des évaluations économiques basées sur les trajectoires.
Ces modèles favoriseront les interventions capables de :
- démontrer un effet sur la distribution du risque,
- plutôt que sur un indicateur clinique isolé.
La proposition de nouvelle réglementation européenne sur les dispositifs médicaux, publiée en décembre 2025, va dans ce sens.
Un tournant réglementaire lent mais inévitable
Sous la pression des coûts et des comparaisons européennes, les cadres d’évaluation évolueront vers :
- une reconnaissance accrue des données en vie réelle,
- une acceptation des preuves populationnelles,
- et une meilleure intégration des interventions non médicamenteuses numériques.
Mais : cette évolution sera progressive, fragmentée, et conditionnée à la capacité des acteurs à produire des données économiques crédibles.
Conclusion – L’évitement de la maladie est désormais mesurable, mais pas encore gouverné
La science a franchi un cap : le lien entre comportements santé, mortalité évitable et coûts est désormais quantifié avec une précision suffisante pour guider l’action publique.
Le défi des prochaines années ne sera donc pas scientifique, mais institutionnel : accepter que la valeur d’une intervention se mesure aussi à ce qui n’arrive pas.
Dans un système sous tension financière, l’évitement de la maladie ne sera bientôt plus une option idéologique, mais une nécessité budgétaire.
Sources et ressources
OCDE. (2025). Estimer la valeur économique du risque de mortalité dans l’évaluation des politiques publiques : Méta‑analyse mondiale des études sur la valeur d’une vie statistique (version abrégée). OECD Publishing. https://doi.org/10.1787/5d085904‑fr
6 tendances santé numérique et les comportements santé pour 2026 et 2027







