Mauvaise note de la France en matière de dépistage : quel poids des biais cognitifs ?

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Un rapport de l’Organisation européenne du cancer place la France parmi les mauvaises élèves pour le dépistage des maladies. Entre peur du résultat et manque d’accès aux médecins, deux causes sont principalement pointées du doigt dans les articles. Celles-ci relèvent de biais cognitifs et de frictions physiques. Sont-ils les seuls à l’œuvre ? Et quelle est leur place dans le mauvais score des Français en matière de dépistage ?

Les Français sont bons en soins, mais mauvais en dépistage par rapport aux autres pays européens

La France accuse un retard de près de 10 points dans la détéction des cancers, en comparaison de ses voisins européens : 46,9% de diagnostic contre 54% en Europe pour le cancer du sein, 36% en Europe contre 34,6% pour le cancer colorectal, selon les chiffres de ce rapport.

Bonne nouvelle toutefois : si les Français sont moins bien diagnostiqués, ils n’en reste pas moins bien soignés. Le taux de survie à cinq ans pour le cancer du sein en France est de 87% contre 83% au niveau européen, jusqu’à 93% pour le cancer de la prostate contre 87% en moyenne pour l’Europe.

Les Français sont-ils moins réceptifs aux messages de prévention et dépistage ?

Si le rapport souligne que les Belges semblent avoir été convaincus de se faire dépister du cancer coloctéral par des campagnes de prévention, les Français restent, eux, moins bons élèves, en matière de dépistage mais aussi de comportements santé.

Ainsi : 

  • 25,3% de Français continuent de fumer, contre 18,8% des européens
  • 0,5 litres sont bus en plus chaque année par les adultes Français (10,5 litres contre 10 litres en Europe)
  • La couverture vaccinale contre le papillomavirus des filles de 9 à 14 ans est de 42 % alors que l’objectif européen est de 90 %.

Parmi les principales raisons évoquées :

Sont également à demi-mots évoqués les contraintes et douleurs liées aux dépistages (notamment colorectal et du sein).

Freins au dépistage : que dit la science des comportements ?

Les études dédiées rapports individuels à la santé sont rares. Il en existe moins d’une dizaine. La plupart des sources d’information sont indirectes. Globalement, voici tous les biais qui peuvent intervenir :

Les biais psychologiques 

  • Illusion de singularité : je ne suis pas comme tout le monde. Deux traductions possibles de ce biais : je ne suis pas concerné par cette information ou je ne suis pas concerné par ce risque.
  • Le biais de l’autruche, évoqué plus haut dans l’article. Cela se traduit par le fait d’ignorer des symptômes ou d’éviter les examens dans la peur d’avoir une mauvaise nouvelle.
  • Le biais du contrôle (la santé, c’est la loterie, je ne peux rien faire et ça ne sert donc à rien de se priver)
  • Le biais du présent (favoriser le gain immédiat)
  • Biais d’affect : nos actions sont profondément influencées par les émotions que nous leur associons, et dont nous n’avons pas toujours conscience.
  • Le biais d’ancrage (première impression), lié à l’effet messager dans le cadre des campagnes de sensibilisation au diagnostic.
  • Biais de confirmation et effet de halo, notamment dans le cadre des bulles d’information d’Internet et des réseaux sociaux
  • ….

La perception de l’état de santé (vs l’état de santé réel) est également un facteur déterminant. Voir notre article Maladies chroniques et comportements santé : résultats d’une grande étude européenne.  

Les facteurs personnels et environnementaux

L’âge, le sexe, la CSP, et la proximité géographique avec le médecin ont en effet été identifiés comme des déterminants de l’efficacité des campagnes de sensibilisation au dépistage3.

L’âge est un critère déterminant dans la perception du rôle de la médecine traditionnelle et du parcours de soin. De même, le sexe et les normes sociales influencent largement notre rapport à la santé. Les hommes ont tendance à minimiser les problèmes et les femmes à les ignorer du fait de la charge mentale4.

Sources

Cancer : la France mauvaise élève en Europe pour la prévention et le dépistage, selon un rapport

Cancers : en matière de dépistage et de prévention, la France est en retard sur ses voisins européens, selon un rapport

3 Rapport de la DREES, 2017. Lien https://toute-la.veille-acteurs-sante.fr/files/2017/10/er_1035.pdf

4 https://journals.sagepub.com/doi/abs/10.1177/1359105314551623?casa_token=eqkKqjSG-FYAAAAA%3A5Jmy6-xkGhkYcdAlPZl84bn6rY4UuF7ZLSI3WPx96fOU_DCgjM5&journalCode=hpqa

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